Mon pére aurait eu 70 ans le 1er juin si il se ne s'était pas fait dévoré de l'intérieur par un putain de crabe.
Un putain de crabe qui avait franchement la dalle pour se le taper en deux mois mais qui avait au moins le mérite d'avoir bon goût pour s'enfiler 90 kgs de muscle et de chair bio nourries aux légumes du jardin, au cidre de frêne et à la cuisine mille fois étoilées de Lulu.
Un putain de crabe qu'a pas laissé une miette et qui l' a dévoré des poumons au cerveau.Un putain de crabe qui s'est offert le repas du siécle mais qui a eu "l'humanité " de lui laisser au moins ses moustaches.Pour qu'au moins on le reconnaisse quand il n' avait plus que la peau sur les os et les os qui semblaient sortir de sa peau.Là, il pouvait enfin lui foutre la paix et s'astiquer les gencives au cure-dents.Y'avait plus rien à bouffer.
Papa, toi qui t'inquiétais de moi, du moment où j'allais "enfin " grandir.Remercie le crabe qui t'a bouffé, il m'a fait prendre dix ans en deux mois.Fallait au moins ça pour arréter que je passe mes samedis soirs à m'enfiler des gin-to dans les boites de tapiole, les bras en l'air, en criant "i will always love you".Papa, tu vois, tu n'es pas mort pour rien.T'as réussi à faire pousser un enfant dans un corps d'adulte, un adulte avec une âme d'enfant et ça le crabe ne l'avait pas prévu, trop occupé à te ronger de l'intérieur.
Lulu, ta femme, elle asssure.Tu la connais.Elle pleure, elle tombe , elle se reléve ...toujours!Pour moi-me dit elle- comme tu n'es plus là.Et pour toi, elle nique le crabe à coups de thé dansant, de semaines de vacances à droite, de bouffe à gauche et de fleurs qu'elle achéte par paquet de cent et qu'elle plante dans le jardin comme si tu étais là.Papa tu n'es pas mort pour rien.Lulu s'est mise à la peinture, au carnet de chéque, à la tondeuse, à l'entretien de la chaudiére et t'inquiéte pas, c'est toujours la plus bandante du village.Les vingt kilos qu'elle a perdu depuis que tu es mort lui permettent de s'habiller en Spice Girls à 72 ans sans avoir l'air d'un conne .Les voisines ont grave les boules, c'est cool!
Quand les infirmiéres nous ont dit que le crabe t'avait définitivement bouffé, Papa, j'ai pas eu les couilles de rester prés de toi.J'avais envie de me casser à l'autre bout du monde avec Lulu sous le bras pour qu'on noie notre chagrin sous un ciel bleu azur.Foutre des milliers de kms entre toi et nous.T'étais devenu un cadavre et mon pére il était censé être immortel.Arnaque sur la marchandise! So, Fuck le sun et direction six pieds sous terre pour te faire disparaitre et enterrer en même temps ce fantasme enfantin d'immortalité.
Quand je t'ai apercu au funerarium , toujours aussi lâche, j'ai pas pu dépasser l'encadrement de la porte.Les croque-morts t'avaient maquillé pour te faire sembler "vivant".T'aurais vu ça, tu ressemblais à un vieux travelo.Du rouge sur les lévres, du fond de teint sur le visage.Vite,fermons la boite.Maquiller la mort en vie, quelle connerie! Le crabe au moins il nous a jamais fait croire à ces bobards.Il t'a bouffé tout cru et nous aussi en partie.
Papa, Lulu et moi , on s'est parlé y'a 20 minutes, et on sait que t'es toujours là.Elle t'a vu une dizaine fois lui apporter le café dans la chambre.Depuis que tu es mort, tu nous fait apparaitre des biches quand on se proméne tous les deux dans les chemins de Léglantiers ou d'ailleurs.Moi qui comme toi ne croit pas en Dieu, je prie un nom ,le tien, pour t'appeller à l'aide quand je vais mal.Et ça marche mieux que le loto! Y' a deux jours dans mon rêve tu m'as même permis d'assister à un concert de Madonna ou j'avais pas de place.Imagine comme t'assures!Bien plus fort que ce putain de crabe.
Papa, évidemment je t'aime et tu me manques et tu nous manques.Papa, il faut que tu saches surtout que dés qu'on en a l'occasse avec Lulu, on n'hésite pas à plonger un crabe vivant dans l'eau bouillante pour se l'enfiler direct et le vider de toute sa chair.Ce que je préfére dans le crabe, c'est le corail qui est logé dans son cerveau.Je le picore lentement et conscieusement à petits coups de fourchette en prenant soin de pas laisser une miette.Tu vois on se débrouille comme on peut.
purée j'avais pas envie de commencer ma journée avec des larmes de crocodile, pas besoin de ça en ce moment.... mais je suis sûre qu'il sourit en lisant ce texte et moi aussi quand même! ce n'est pas de la lâcheté dont tu parles, la vraie lâcheté je t'assure ce n'est pas ça...fuck the crabe et toute leur famille...et vive Lulu, mon modèle!! gros bisous
Commentaire n°1
posté par
carole
le 30/05/2006 à 10h20
ça me parle d'autant plus que j'ai enterré mon père en ce début d'année, pas de crabe, pas toujours le crabe.
sweet kisses
Commentaire n°2
posté par
anne k
le 30/05/2006 à 10h50
j'ai toujours eu la chance d'être préserver du crabe... et je n'ose même pas imaginer ce que tu as vécu... mais il y a une chose dont je suis sûre, c'est que où qu'il soit, dans les nuages ou en train de jouer avec le coton blanc qui se détache des peupliers, il est sacrément fier de toi et de lulu.
Commentaire n°3
posté par
anne tudoret
le 30/05/2006 à 14h51
mon tran j'ai pris quelques minutes pedant le dej pour aller voir ton opus "father" c'est vraiment bien-beau et poignant ce que tu y a mis ça me fait plaisir de voir que tu en parles maintenant (enfin, devrais-je dire) pour t'en libérer un peu ..
Commentaire n°4
posté par
vero
le 30/05/2006 à 14h52
Bonjour Bertrand !
Comment te le dire ? C'était émouvant et je comprends que tu ais pris 10 ans au décès de ton père. Moi je suis devenue adulte à 45 ans au décès de ma mère. Bonne route et bien cordialement
Commentaire n°6
posté par
megdouda
le 31/05/2006 à 17h20
OUAHOU !!!!! QUELLE LETTRE !!!..... MON BEAUTIFUL BERTRAND, JE T'AIME ET JE CHANTERAI POUR TOI BIENTÔT YOUR MISS FRANCE
Commentaire n°7
posté par
marie france
le 01/06/2006 à 17h42
Bon, ben voilà que je te découvre sous un angle que je ne connaissais pas encore. Ca fait un peu bizarre de se dire que l'on a pas remarqué ces choses au premier regard. Hypo.
Trantran, tu écris bien et maintenant j'ai les yeux tous rouges...seule consolation, je pense à tous ces crabes que l'on a pêchés et mangés avec Célinette il y a quelques jours! See you & kiss
Commentaire n°9
posté par
kat
le 06/06/2006 à 18h49
Ben oui, moi aussi les crabes je les mange, puisqu'ils ont aussi mangé mon papa... Je t'embrasse fort, Tran!
Commentaire n°10
posté par
CelineCook
le 07/06/2006 à 10h39
D'un Bertrand à l'autre.
Chapeau pour le texte... très émouvant... Je m'en sors sans larme grâce à la fin à la Desproges...
Commentaire n°11
posté par
bertrand
le 20/07/2006 à 05h13
Wouah !! Superbe texte... Très fort !! Magnifique !!
Commentaire n°12
posté par
Ben
le 02/09/2006 à 15h35
ça me parle d'autant plus que j'ai enterré mon père en ce début d'année, pas de crabe, pas toujours le crabe.
sweet kisses
imaginer ce que tu as vécu... mais il y a une chose dont je suis sûre, c'est
que où qu'il soit, dans les nuages ou en train de jouer avec le coton blanc
qui se détache des peupliers, il est sacrément fier de toi et de lulu.
j'ai pris quelques minutes pedant le dej pour aller
voir ton opus "father"
c'est vraiment bien-beau et poignant ce que tu
y a mis
ça me fait plaisir de voir que tu en parles maintenant
(enfin, devrais-je dire) pour t'en libérer un peu ..
Bonjour Bertrand !
Comment te le dire ? C'était émouvant et je comprends que tu ais pris 10 ans au décès de ton père. Moi je suis devenue adulte à 45 ans au décès de ma mère. Bonne route et bien cordialement
quel beau texte, j'en ai les larmes aux yeux...
bises.
MON BEAUTIFUL BERTRAND, JE T'AIME ET JE CHANTERAI POUR TOI BIENTÔT
YOUR MISS FRANCE
Ben oui, moi aussi les crabes je les mange, puisqu'ils ont aussi mangé mon papa...
Je t'embrasse fort, Tran!
D'un Bertrand à l'autre.
Chapeau pour le texte... très émouvant...
Je m'en sors sans larme grâce à la fin à la Desproges...